Axe I — De la neutralité
Axe I — Manquements à l'honnêteté de l'information
35 citations · 30 constats
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la Boétie (1), ni encore de ses prises de position publiques particulièrement tranchées sur le conflit au Proche-Orient, puisqu’elle avait affirmé, sur le même plateau, ne faire « aucune différence entre Netanyahou et Khamenei » (2).
Interrogé sur cette omission lors de l’audition du 18 février 2026, M. Benjamin Oulahcene, producteur éditorial chez Together Media, a indiqué que « le fait que Mme Ardakani ait été membre du PRG ou ait des engagements à gauche n’était pas opérant » (3) au regard du sujet traité. Une telle déclaration révèle une conception bien fragile de la transparence due au public. Elle laisse entendre que, sur les sujets internationaux, les engagements militants d’un intervenant pourraient devenir secondaires. C’est pourtant là que l’exigence de clarté devrait être la plus stricte : moins le téléspectateur connaît les acteurs, les ressorts d’un sujet et les positions en présence, plus il importe de lui dire d’où parle celui à qui l’on donne la parole.
Le même travers s’est retrouvé, cette fois sur un sujet intérieur, le 15 février 2026 sur le plateau de C politique. Mme Stefanie Prezioso y a été présentée comme une simple « historienne spécialiste du fascisme et de l’antifascisme » pour commenter le meurtre de Quentin Deranque, alors qu’elle est, en réalité, une militante d’extrême gauche revendiquée : membre de solidaritéS, ancienne députée suisse, participante aux « Jeudis communistes » de Révolution permanente, candidate sur des listes de l’Union populaire en Suisse et signataire d’appels publics en faveur de candidats de La France insoumise. L’explication donnée à votre commission par M. Oulahcene a été la suivante : « je n’ai pas repris l’ensemble de son CV » ; « Mme Prezioso est suisse, et non française ». Elle ne convainc pas davantage ici. La nationalité étrangère d’un intervenant n’efface ni ses engagements politiques, ni l’obligation d’honnêteté de l’information sur le service public français.
Au total, ces séquences dessinent un même schéma : des personnalités aux engagements connus sont introduites sous des étiquettes neutres « spécialiste », « opposant », « avocate », « historienne » qui privent le public d’éléments essentiels d’appréciation. Lorsqu’il est fait appel, sur un sujet donné, à des « experts », le principe d’honnêteté de l’information doit s’appliquer à la présentation exacte et précise dudit expert et ne saurait se réduire à l’exactitude matérielle des faits. Masquer, délibérément ou par négligence, aux téléspectateurs les déterminants idéologiques d’une parole présentée comme experte, constitue un manquement grave au principe d’honnêteté de l’information et à la déontologie des journalistes.
b. La diffusion d’informations inexactes ou gravement équivoques
Au-delà de la présentation incomplète des intervenants, le manquement à l’honnêteté de l’information se manifeste lorsque le service public diffuse, relaie ou
(1) https://institutlaboetie.fr/colloque-mobilisations-feministes-contre-lextreme-droite-20250301-2/ (2) Émission « C dans l’air » du 12 janvier 2026, France 5, « Iran, révolte ou révolution ? ». (3) Compte rendu n° 39, mercredi 18 février 2026, p. 46.
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laisse prospérer à l’antenne des informations inexactes, trompeuses ou gravement équivoques.
En vertu de la délibération du 18 avril 2018, l’éditeur d’un service de communication audiovisuelle doit « garantir le bien-fondé et les sources de chaque information », présenter l’information incertaine au conditionnel, et faire preuve de « rigueur dans la présentation et le traitement de l’information ».
À cette exigence d’exactitude s’ajoute celle d’une présentation honnête des questions prêtant à controverse. Dès lors, ne relèvent pas seulement d’un défaut de rigueur les erreurs matérielles stricto sensu, mais également les formulations orientées, les qualifications abusives, ou les séquences qui, par omission ou par absence de contradiction, conduisent le téléspectateur ou l’auditeur à se faire une représentation déformée de la réalité.
Le 25 janvier 2026, Franceinfo a diffusé à l’antenne le bandeau suivant : « 200 otages palestiniens retrouvent la liberté » (1), alors qu’il s’agissait de détenus palestiniens, dont un certain nombre avaient été condamnés pour des faits de terrorisme. Interrogée sur l’absence d’auto-saisine du comité d’éthique de France Télévisions, Mme Christine Albanel, sa présidente, a reconnu que celui-ci « aurait pu » s’auto-saisir, tout en ajoutant ne pas être en capacité de le faire « systématiquement, compte tenu (…) de la fréquence de tels incidents ». (2)
Source : capture d’écran, FranceinfoTV, 25 janvier 2026
De même, le 14 octobre 2025, sur France Culture, M. Rami Abou Jamous, fondateur du media GazaPress a affirmé que le Hamas n’était pas un groupe terroriste mais « un mouvement de libération », avant d’ajouter : « C’est un peu comme ce qui s’est passé le 11 Septembre. On a découvert vingt ans après c’est quoi
(1) Direct France Info TV, samedi 25 janvier, 17h55. (2) Compte rendu n° 3, jeudi 4 décembre 2025, p. 9.
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l’histoire du 11 Septembre. C’est pareil pour le 7 Octobre. » (1). De tels propos, tenus sur une antenne du service public au lendemain du premier anniversaire du massacre du 7 octobre 2023, cumulent deux dérives : la légitimation d’une organisation terroriste et l’accréditation d’un imaginaire complotiste autour des attentats du 11 septembre. Il a en outre été relevé devant la commission que cet intervenant avait été réinvité dès le lendemain sur France Inter. Mme Sibyle Veil a certes indiqué que M. Guillaume Erner lui avait répondu en direct : « N’allez pas devenir complotiste, je n’accepterai pas la théorie du complot. » Il n’en demeure pas moins que la décision éditoriale consistant à redonner aussitôt l’antenne à un intervenant venant de tenir de tels propos interroge sérieusement la cohérence des garde-fous invoqués.
La commission a également examiné le traitement réservé, dans un numéro de « Complément d'enquête » consacré à la chaîne Cnews (2), à la question du lien entre immigration et délinquance. Votre rapporteur a relevé que l'émission s'était appuyée sur une note du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii, centre de recherche rattaché au Premier ministre) pour affirmer l'absence de lien causal entre immigration et délinquance, sans mentionner plusieurs données statistiques officielles qui semblent contredire cette thèse : les données du ministère de la Justice indiquent qu'au mois d'avril 2020, il y avait 65 000 détenus dans les prisons françaises, dont 23,5 % d'étrangers (hommes ou femmes n'ayant pas la nationalité française), alors qu'on ne compte que 7 % d'étrangers dans la population française (3); toujours selon des chiffres du ministère de l'intérieur publiés en 2019, 93 % des vols et 63 % des agressions sexuelles dans les transports en commun en Île-de-France sont commis par des étrangers (4). Ces chiffres illustrent la complexité du débat et la nécessité d’un traitement nuancé et rigoureux.
Ces différents épisodes ne sont pas sans précédent. Il convient de rappeler qu’en décembre 2022, l’Arcom avait déjà mis en garde France 2 à propos d’un reportage du journal de 20 heures relatif à la guerre en Ukraine, qui avait « fourni une information manifestement erronée aux téléspectateurs, traduisant une inadéquation entre le contexte dans lequel des images ont été recueillies et le sujet qu’elles viennent illustrer » (5). Les difficultés relevées par la commission s’inscrivent, de fait, dans une série d’incidents déjà objectivés par les différents organes de contrôle.
(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-d-un-jour-dans-le-monde/l-invite-d-un-jour-dans-
le-monde-du-mercredi-15-octobre-2025-4003645 (2) Complément d’enquête, « Des infos ou désinfo ? La methode Cnews », diffusé sur France 2, novembre 2025 (3) https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/art_pix/Trim_2004.pdf (4) https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Publications-et-infographies/Interstats-Analyse/Les-vols-et-
violences-dans-les-reseaux-de-transports-en-commun-en-2019-Interstats-Analyse-n-31 (5) https://www.arcom.fr/se-documenter/espace-juridique/decisions/journal-televise-de-20h-diffuse-le-10-
aout-2022-france-2-mise-en-garde
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c. Des biais militants dans le traitement de certains sujets environnementaux au détriment des données scientifiques
La commission a été conduite à s’interroger tout particulièrement sur le traitement des sujets scientifiques et environnementaux. En ce domaine, l’exigence d’honnêteté de l’information revêt une portée particulière : l’article 1er de la délibération n° 2018-11 du 18 avril 2018 impose à l’éditeur d’assurer l’honnêteté de l’information, de garantir « le bien-fondé et les sources de chaque information », de faire preuve de « rigueur dans la présentation et le traitement de l’information » et de veiller à « une présentation honnête des questions prêtant à controverse ».
Les éléments recueillis par la commission montrent qu’en matière environnementale, certains choix éditoriaux du service public ont pour effet sinon pour objectif de poser, en amont du traitement du sujet, un cadre d’interprétation militant.
Ce cadre est d’abord posé par la « Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique » (1), à laquelle France Télévisions a adhéré. Ce texte ne se borne pas à rappeler les devoirs classiques de vérification, de contextualisation ou de transparence. Il affirme, d’emblée, que face à « l’urgence absolue de la situation », les journalistes doivent « modifier [leur] façon de travailler » ; il invite à faire de l’écologie non plus un sujet parmi d’autres, mais « un prisme au travers duquel considérer l’ensemble des sujets » ; il préconise de choisir les mots de manière à « rendre compte de l’urgence » ; il demande encore d’« élargir le traitement des enjeux » en évitant de renvoyer les personnes à leur seule responsabilité individuelle, de « questionner le modèle de croissance et ses acteurs économiques, financiers et politiques », ou encore de « révéler les stratégies produites pour semer le doute dans l’esprit du public ».
Une telle charte contient assurément des préoccupations légitimes. Mais, en prescrivant par avance un lexique, une hiérarchie des causes, un angle d’analyse et jusqu’à une manière de distribuer les responsabilités, elle excède la simple exigence de compétence journalistique et impose, avant même tout travail d'enquête, une interprétation préétablie des faits.
Le point ici n’est pas de contester l’importance des enjeux climatiques, ni la nécessité de mieux former les rédactions. Il est de constater qu’un média de service public ne peut, sans se mettre en tension avec ses propres obligations, adopter comme boussole un texte qui l’invite à regarder l’ensemble du débat public à travers un filtre préconstitué. L’honnêteté de l’information suppose, au contraire, que les faits soient établis avant d’être hiérarchisés, que les controverses soient exposées avant d’être closes, et que le choix des mots résulte de l’analyse des faits plutôt que d’une volonté de « rendre compte de l’urgence ». Ce risque n’est pas théorique.
(1) https://chartejournalismeecologie.wordpress.com/
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Cette orientation a d’ailleurs été accompagnée, au sein même de France Télévisions, d’un plan d’action promettant une « accélération environnementale de l’offre d’information » (1), officiellement assumée par le groupe. Celui-ci met notamment en avant la création d’une équipe climat au sein de la rédaction nationale, la transformation des bulletins météo en bulletins « météo-climat » et l’irrigation de l’ensemble de l’offre d’information par cette thématique. En soi, un tel choix éditorial n’est pas condamnable. Il devient en revanche problématique lorsqu’il se traduit, dans certains formats se présentant comme journalistiques, par une scénarisation militante ou par une présentation orientée qui brouille la frontière entre information, sensibilisation et plaidoyer.
L’exemple du « glyphotest » diffusé dans « Envoyé spécial » le 17 janvier 2019 (2) est, à cet égard, particulièrement éclairant. L’émission a mis en scène une série de tests urinaires réalisés sur plusieurs personnalités, dont Julie Gayet, afin de montrer la présence de glyphosate dans leur organisme. Le procédé relève déjà, pour partie, d’une logique de spectacularisation de l’information par le recours à des célébrités, ce qui n’est pas sans poser la question, au regard de la délibération précitée, de la confusion entre information et divertissement. Surtout, le taux relevé chez Mme Julie Gayet (1,26 microgramme par litre) a été présenté à l’antenne comme « énorme », alors même que plusieurs analyses ont souligné qu’il demeurait très éloigné des seuils sanitaires construits à partir des références toxicologiques retenues par les autorités compétentes. En effet, les évaluations menées notamment par l’ANSES et l’EFSA reposent sur des ordres de grandeur sans commune mesure avec les niveaux ainsi évoqués. (3)
Votre rapporteur n’entend pas trancher ici le débat scientifique général sur le glyphosate ; il constate en revanche qu’un écart manifeste a pu exister entre la donnée brute et la manière dont elle a été dramatisée à l’écran. Une telle mise en récit est difficilement conciliable avec l’exigence de rigueur et avec l’obligation de garantir le bien-fondé de l’information diffusée.
Les auditions de M. François de Rugy, ancien Ministre de la Transition écologique et ancien Président de l’Assemblée nationale, et de Mme Géraldine Woessner, journaliste et rédactrice en chef de la rubrique environnement du magazine Le Point, ont, sur ce point, apporté des éléments convergents. Entendus le 24 mars 2026, ils ont tous deux décrit un traitement de l’écologie qui, selon eux, tend de plus en plus à subordonner la rigueur scientifique à un récit préétabli. M. de Rugy a ainsi évoqué, à propos du débat sur les PFAS, une « coalition » réunissant responsables politiques, associations, France Télévisions et le journal Le
(1) https://www.francetelevisions.fr/et-vous/notre-tele/on-sengage/face-a-lurgence-climatique-et-a-la-crise-
energetique-france-televisions-senga-14037 (2) https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/envoye-special-du-jeudi-17-janvier-
2019_3144373.html (3) ANSES, Glyphosate : état des connaissances et évaluation des risques, avis et rapports disponibles sur le site
de l’agence ; EFSA, Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of glyphosate, 2015 et actualisations ; voir également CheckNews, « Glyphotest : que valent les analyses d’urine ? », 2019.
« Tous nos intervenants en plateau, tous nos invités, doivent être présentés correctement et de façon complète. S'ils ont un engagement politique quel qu'il soit, il doit être mentionné. »
« Si M. Ventura a été mal présenté, c'est effectivement une erreur. »
« le fait que Mme Ardakani ait été membre du PRG ou ait des engagements à gauche n'était pas opérant »
« 200 otages palestiniens retrouvent la liberté »
« systématiquement, compte tenu (…) de la fréquence de tels incidents »
« un mouvement de libération »
« C'est un peu comme ce qui s'est passé le 11 Septembre. On a découvert vingt ans après c'est quoi l'histoire du 11 Septembre. C'est pareil pour le 7 Octobre. »
Constats
- Le 10 janvier 2026, dans l'émission « Vrai ou Faux » sur Franceinfo, M. Christophe Ventura a été présenté comme un simple « spécialiste de l'Amérique latine » alors qu'il est un ancien membre du Parti de gauche, formation à l'origine de La France insoumise, et un soutien public d'Hugo Chavez. (p. 111(PDF))
- Le 12 janvier 2026, dans « Sur le terrain » sur Franceinfo, M. Afchine Alavi a été présenté comme un simple opposant au régime iranien alors qu'il est un membre actif de l'Organisation des moudjahidines du peuple iranien, classée comme terroriste par l'UE, les États-Unis et le Canada jusqu'en 2013. (p. 112(PDF))
- Le 15 février 2026, sur le plateau de C politique, Mme Stefanie Prezioso a été présentée comme une « historienne spécialiste du fascisme et de l'antifascisme » pour commenter le meurtre de Quentin Deranque, alors qu'elle est militante d'extrême gauche revendiquée (membre de solidaritéS, ancienne députée suisse, signataire d'appels publics en faveur de candidats de La France insoumise). (p. 113(PDF))
- Dans un numéro de « Complément d'enquête » consacré à CNews, l'émission s'est appuyée sur une note du Cepii pour affirmer l'absence de lien causal entre immigration et délinquance, sans mentionner certaines données du ministère de la Justice (avril 2020 : 23,5 % de détenus étrangers sur 65 000 détenus, alors que la part d'étrangers dans la population française est d'environ 7 %) et du ministère de l'Intérieur (2019 : 93 % des vols et 63 % des agressions sexuelles dans les transports en commun en Île-de-France commis par des étrangers). (p. 115(PDF))
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Monde afin de favoriser l’adoption d’un texte législatif, et a dénoncé des biais idéologiques « largement partagés à tous les niveaux : journalistes, animateurs, etc. ». Ces propos établissaient le constat d’une perméabilité de l’audiovisuel public à des logiques militantes.
Mme Woessner a, elle aussi, dénoncé ce même système « complètement dingue » consistant à « faire de la morale » sur des sujets écologiques au détriment des réalités scientifiques. Elle a directement mis en cause la charte précitée, qu’elle a qualifiée de charte militante et politique, estimant qu’elle pouvait conduire à tordre les faits lorsqu’ils résistent au récit écologiste décroissant.
Dans cette même audition, M. de Rugy a ainsi vivement contesté la manière dont certains programmes d’investigation du service public, notamment « Cash Investigation », « Sur le Front », ou « Complément d’enquête », sont présentés comme de simples émissions d’information, alors même qu’ils reposeraient, selon lui, sur des biais marqués et sur une logique de démonstration militante. Il a notamment évoqué un reportage d’« Envoyé spécial » diffusé au moment du vote sur le glyphosate, dans lequel le débat à l’Assemblée nationale, qu’il présidait alors, aurait été présenté de manière « insidieuse » et « trompeuse ». Il a reproché à Mme Élise Lucet d’avoir instrumentalisé la situation d’un enfant malade sans vérification scientifique préalable, afin de produire un effet émotionnel sur le téléspectateur. Ces griefs rejoignent, par leur cohérence avec d’autres séquences examinées, le constat d’un affaiblissement de la discipline de vérification lorsque le sujet environnemental est traité sous un angle militant.
d. Des entorses graves aux règles élémentaires de la déontologie
journalistique
Votre commission a relevé des interrogations sérieuses sur le respect, par certaines émissions, des règles déontologiques journalistiques les plus élémentaires. Entendue sous serment le 10 février 2026, Mme Élise Lucet a affirmé : « Je précise d’abord que non, on ne va jamais devant le domicile des personnes qu’on veut interviewer. (…) mais non, on ne va pas devant le domicile de quelqu’un. » Cette déclaration étonne pourtant au regard de plusieurs séquences de Cash Investigation, dans lesquelles de tels procédés semblent bien avoir été mobilisés pour les besoins de la mise en scène journalistique.
À titre d’exemple, dans le cadre du numéro de « Cash Investigation » consacré à LVMH et diffusé sur France 2 le 4 décembre 2025, Mme Élise Lucet s’est rendu devant le domicile de l’homme d’affaires Nicolas Puech en Suisse, allant jusqu’à interroger la femme de ménage de celui-ci. (1). Il ne revient pas ici à la commission de qualifier pénalement ou disciplinairement une telle contradiction. Il lui appartient, en revanche, de constater que l’écart entre la déclaration prêtée sous serment et certaines images diffusées est de nature à fragiliser la crédibilité de la parole de l’intéressée.
(1) Émission Cash Investigation, 4 décembre 2025 (France 2).
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La Charte de Munich interdit aux journalistes « d’user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents ». Lorsqu’une émission du service public paraît s’autoriser, au nom de l’efficacité de l’enquête, des procédés dont la loyauté peut être sérieusement discutée, elle entame la confiance du public non seulement dans le programme lui-même, mais dans la probité de la démarche journalistique qu’il prétend incarner.
e. La banalisation d’analogies historiques outrancières
Votre rapporteur a relevé plusieurs séquences intervenues sur différentes antennes du service public ainsi que sur ses supports numériques, portant sur des références historiques particulièrement sensibles ou des comparaisons politiques diffamatoires. Ces éléments, pris dans leur ensemble, révèlent une tendance récurrente à mobiliser, dans le débat public, les catégories du fascisme ou du nazisme pour qualifier des personnalités, des mouvements politiques ou des épisodes politiques contemporains, sans que les conditions de rigueur et de proportion qu’exigerait l’emploi de telles références soient réunies.
Le 21 septembre 2025, sur le plateau de C politique, la journaliste Judith Perrignon a comparé l’hommage rendu à Charlie Kirk, figure conservatrice américaine assassinée quelques jours plus tôt, à un « meeting nazi », sans que ces propos ne soient contredits à l’antenne.
Lors de l'audition de Mme Delphine Ernotte Cunci du 10 décembre 2025, le rapporteur a par ailleurs soumis à la présidente de France Télévisions un contenu publié par France Info sur ses réseaux sociaux, intitulé « Les nazis ont-ils créé les marchés de Noël ? ». Ce contenu établissait un lien entre le développement des marchés de Noël en France et leur promotion par le régime nazi, suggérant une « affiliation lointaine avec Adolf Hitler ». Votre rapporteur a reçu de nombreux signalements de téléspectateurs à ce sujet.
La formulation retenue, associant une tradition festive largement partagée par des millions de Français à une filiation avec le régime nazi, soulève des interrogations sérieuses sur la contextualisation historique et sur le respect de l'obligation d'honnêteté de l'information. France Télévisions a, par la suite, présenté ses excuses, reconnaissant implicitement que la formulation initiale n'était pas satisfaisante au regard des exigences déontologiques applicables au service public.
La réaction du comité d’éthique de France Télévisions
face aux comparaisons nazies
M. Charles Alloncle, rapporteur : « Sur France 5, il y a quelques semaines, une comparaison a été faite entre Jordan Bardella et Adolf Hitler en parlant d’« effet von Papen ». […] Sur ces faits, qui ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, on a le sentiment que la journaliste a fait preuve de partialité ou, a minima, d’omission. Pourquoi ne vous êtes-vous pas autosaisis ? »
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Mme Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions : « Vous citez plusieurs exemples, et il y en a sûrement d’autres. C’est ce que nous allons essayer d’améliorer en observant telle ou telle émission sur la durée, mais réagir immédiatement […] ce n’est pas ainsi qu’a été conçu le comité d’éthique. Encore faut-il que nous soyons au courant, ce qui n’est pas toujours le cas. Nos journées sont remplies et nous ne sommes pas forcément informés de tout ce qui se dit chaque jour sur toutes les antennes. »
Source : compte rendu n° 3, jeudi 4 décembre 2025
C’est toutefois à l’égard du Rassemblement national que ce procédé d’assimilation au fascisme apparaît avec le plus de constance. Le 3 novembre 2025, sur le plateau de « C dans l’air », une comparaison a été établie entre Jordan Bardella et Adolf Hitler au travers de la référence à l’« effet von Papen », afin d’expliquer la popularité grandissante du président du Rassemblement national auprès du patronat français. Ces propos n’ont pas été contredits ni nuancés lorsqu’ils ont été tenus à l’antenne.
Votre rapporteur relève qu’un nouvel épisode est venu confirmer cette dérive. Le 17 avril 2026, sur le plateau de « C à vous », alors que le député JeanPhilippe Tanguy était invité, l’écrivain Laurent Mauduit a déclaré : « Mussolini 1922, les milieux financiers sont derrière lui quatre ans ou cinq ans avant. L'Allemagne c’est l’exemple le plus caricatural, le plus célèbre, tous les grands patrons allemands sont du côté de Hitler avant même qu’il n’accède au pouvoir. Puis plus récemment c’est 1973, le Chili de Pinochet c’est le coup d’État soutenu par tous les milieux d’affaires ». En rapprochant ainsi les rencontres récentes de Mme Marine Le Pen et de M. Jordan Bardella avec des dirigeants du CAC 40 et de grands industriels français avec le soutien apporté par les milieux d’affaires à Mussolini, Hitler ou Pinochet, il suggère au téléspectateur qu’une telle évolution annoncerait, par nature, une trajectoire comparable à celle des régimes fascistes ou dictatoriaux du XXe siècle, ce qui dépasse de loin la simple analyse de l’évolution des rapports entre un parti politique et le monde patronal. Outrancière, cette comparaison constitue par association un manquement grave à l’obligation de neutralité.
La même logique est perceptible sur les supports numériques du service public. Votre rapporteur a également relevé une publication de la page Instagram officielle d’Arte France, qui a mis en ligne un visuel associant le logo du Rassemblement national à une photographie de la Waffen-SS, dans le cadre de la promotion d’un documentaire intitulé « Les soldats français du Reich ». La légende accompagnant ce visuel indiquait : « Des rangs de la Waffen-SS à la création du Front national, la sombre histoire des soldats français du Reich. » Ce choix éditorial excède manifestement la présentation factuelle d’un contenu historique : il organise, par l’image, une assimilation politique trompeuse, destinée à frapper les esprits.
| Mme Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions : | ||
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| Source : compte rendu n° 3, jeudi 4 décembre 2025 | ||
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Source : commission d’enquête (consultation du post Instagram le 20 mars 2026)
Enfin, l’épisode de la soirée électorale du premier tour des élections municipales de 2026 illustre une difficulté d’une autre nature : celle des propos tenus hors antenne mais néanmoins audibles. Mme Nathalie Saint-Cricq, pensant son micro éteint, a commenté l’annonce de l’intervention d’Éric Ciotti par les mots « alias Benito », assimilant ainsi un élu de la République au dictateur fasciste Benito Mussolini. Mme Saint-Cricq a présenté ses excuses et a été suspendue une semaine par la direction de France Télévisions. Toutefois, la faiblesse de la sanction, jointe à l’absence de réaction immédiate sur le plateau, a conduit votre rapporteur à s’interroger sur le caractère exceptionnel, ou non, de ce type de propos.
2. Des atteintes aux exigences de neutralité et d’impartialité
a. À l’antenne : des dérives visibles et répétées
Les manquements relevés à l’antenne par votre rapporteur, aussi nombreux que récurrents, obéissent à une même logique : l’expression d’opinions politiques personnelles sous couvert d’information, la mise en avant complaisante de causes militantes, et l’absence de réaction ferme de la direction lorsque l’exigence de neutralité du service public est manifestement compromise.
i. Une hostilité ciblée et assumée
Le 11 mars 2026 sur France Inter, à quatre jours du premier tour des élections municipales, M. Cohen a consacré son éditorial politique au Rassemblement national en évoquant « l’évidence qu’un programme discriminatoire puisse séduire des électeurs et candidats racistes ». Une telle formulation, qui revient à qualifier de « raciste » l’électorat d’une formation politique ayant recueilli près d’un tiers des suffrages exprimés lors du dernier scrutin national, ne saurait relever d’un traitement impartial de l’actualité sur une antenne du service public, a fortiori à quelques jours d’une élection.
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Le documentaire La Fabrique du mensonge : Affaire Lola, chronique d’une récupération, diffusé le 21 mai 2023 sur France 5 procède de la même logique de disqualification. À partir d’un crime d’une cruauté extrême, le programme déplace l’attention vers la dénonciation de sa prétendue récupération par « l’extrême droite ». Lola, âgée de douze ans, avait été violée, torturée puis assassinée à Paris en octobre 2022 par une ressortissante algérienne sous obligation de quitter le territoire français, restée en France malgré cette mesure. Le documentaire affirme qu’« en quelques jours à peine, une opération d’influence et de manipulation a été orchestrée », que cette récupération n’aurait eu « qu’un but : faire de la politique en s’emparant de l’affaire, en propageant de fausses informations et des théories du complot, tout en profitant de l’émotion nationale », allant jusqu’à évoquer « la crainte des services de l’État de voir se produire un attentat terroriste d’extrême droite sur notre territoire ».
Ce type d’orientation éditoriale qui laisse vraisemblablement plus de place à la charge politique qu’aux faits a été directement mise en cause lors de l’audition de M. Jacques Cardoze, ancien présentateur de l’émission « Complément d’enquête », qui a laissé entendre qu’elle procédait de consignes relayées au plus haut niveau de la rédaction. Il a ainsi affirmé sous serment : « L’une des émissions dont j’ai parlé, J’ai assisté aux discussions, portait sur Jordan Bardella. L’enquête sur Jordan Bardella, le rédacteur en chef a dit devant moi et je m’en suis entretenu avec la direction « celle-là, je n’ai pas le droit de la rater ». Sous-entendu on peut faire des enquêtes sur certains hommes politiques et puis, sur d’autres, il ne faut pas la rater » (1).
À l’inverse, ajoute-t-il, « une enquête sur Jean-Luc Mélenchon me paraissait, en 2018, absolument impérative lorsqu’on a un candidat à la présidence de la République qui dit : "La République, c’est moi !", qui est de cette violence-là et qui manifeste cette violence devant les gens. Dans le même temps, alors que cette émission consacre des dizaines d’émissions à Nicolas Sarkozy, à toutes les personnalités de la droite, à quelques personnes du parti socialiste, et qu’il n’y a personne pour enquêter sur La France insoumise, je considère que c’est mon rôle de poser cette question-là. Il y avait à « Complément d’enquête » une règle que je n’ai pas créée, mais qui était celle de Benoît Duquesne, le créateur de l’émission, qui a disparu : le lundi, il y avait une réunion et une conférence de rédaction et, à travers cette conférence de rédaction, tout le monde s’exprimait. Et si, d’une certaine façon, la majorité ne l’emportait pas, l’émission ne se faisait pas. On a évoqué cette question-là à plusieurs reprises et ce qui m’a choqué, c’est d’entendre de la part d’une journaliste qu’il n’en était pas question parce que La France insoumise faisait partie de ceux qui donnaient des dossiers à l’émission et qu’on n’allait pas aller à l’encontre de nos intérêts » (2).
(1) Compte rendu n° 56, mardi 31 mars 2026, p. 24. (2) Compte rendu n° 56, mardi 31 mars 2026, p. 4.
« Je précise d'abord que non, on ne va jamais devant le domicile des personnes qu'on veut interviewer. (…) mais non, on ne va pas devant le domicile de quelqu'un. »
« meeting nazi »
« Les nazis ont-ils créé les marchés de Noël ? »
« affiliation lointaine avec Adolf Hitler »
« Sur France 5, il y a quelques semaines, une comparaison a été faite entre Jordan Bardella et Adolf Hitler en parlant d'« effet von Papen ». […] Sur ces faits, qui ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, on a le sentiment que la journaliste a fait preuve de partialité ou, a minima, d'omission. Pourquoi ne vous êtes-vous pas autosaisis ? »
« Vous citez plusieurs exemples, et il y en a sûrement d'autres. C'est ce que nous allons essayer d'améliorer en observant telle ou telle émission sur la durée, mais réagir immédiatement […] ce n'est pas ainsi qu'a été conçu le comité d'éthique. Encore faut-il que nous soyons au courant, ce qui n'est pas toujours le cas. Nos journées sont remplies et nous ne sommes pas forcément informés de tout ce qui se dit chaque jour sur toutes les antennes. »
« Mussolini 1922, les milieux financiers sont derrière lui quatre ans ou cinq ans avant. L'Allemagne c'est l'exemple le plus caricatural, le plus célèbre, tous les grands patrons allemands sont du côté de Hitler avant même qu'il n'accède au pouvoir. Puis plus récemment c'est 1973, le Chili de Pinochet c'est le coup d'État soutenu par tous les milieux d'affaires »
« Des rangs de la Waffen-SS à la création du Front national, la sombre histoire des soldats français du Reich. »
Constats
- Lors de l'audition sous serment du 10 février 2026, Mme Élise Lucet a affirmé que les équipes ne se rendaient jamais devant le domicile des personnes interviewées, alors que dans le numéro de Cash Investigation consacré à LVMH (France 2, 4 décembre 2025), elle s'est rendue devant le domicile de Nicolas Puech en Suisse, allant jusqu'à interroger la femme de ménage. (p. 118(PDF))
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Mme Delphine Ernotte Cunci a rejeté ces accusations qui, si elles étaient avérées, jetteraient un discrédit certain sur la direction de France Télévisions et révèleraient le caractère organisé des manquements aux principes de neutralité et d’impartialité jusqu’au cœur du périmètre le plus sacré du service public de l’audiovisuel : l’investigation.
ii. L’humour érigé en expression militante
Mme Charline Vanhoenacker, journaliste, humoriste et productrice incarne l’un des visages les plus identifiés de la première radio de France depuis 2012. Sur France Inter, elle ne cache pas son penchant à choisir le rire pour mieux verser dans le combat politique assumé.
Dans une interview au journal Le Monde du 12 juillet 2024, elle déclarait : « France Inter, parce qu’elle est la première radio de France, est aujourd’hui un lieu de pouvoir. J’ai décidé de résister de l’intérieur. Au moment où l’Assemblée nationale compte plus de 140 députés RN, j’ai d’autant plus envie de prendre le micro. La direction m’a donné carte blanche. » (1)
Mme Charline Vanhoenacker avait déjà organisé, en pleine période électorale en juin 2024 et à quelques jours des élections législatives, une émission d’une heure intitulée « Le grand dimanche soir » où elle a expliqué : « Certains pensent que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne changera rien. Et c’est vrai, j’ai tendance à dramatiser. Si vous n’êtes pas homosexuel, pas féministe, pas noir, pas musulman, pas pauvre, pas trans, pas écolo, pas juif, pas fonctionnaire, pas humoriste, pas famille monoparentale, pas syndicaliste, pas chômeur, alors effectivement, ça ne devrait rien changer. (…) Dès le 7 juillet, vous risquez de vous retrouver à devoir faire ce choix : rester ou claquer la porte. Résister de l’intérieur ou résister à l’extérieur. Et là, chacun fera comme il peut. » (2)
Le 8 janvier 2026, sur France Culture, au sujet de la programmation sur France 2 de l’émission Quelle époque ! de Léa Salamé. (3), elle a déclaré "Je suis tombée de ma chaise. Je leur ai dit que j'étais vraiment choquée qu'en plus de Marine Le Pen, ils invitent un révisionniste comme Patrick Buisson. »
Interrogée lors de son audition du 18 décembre 2025, Mme Van Reeth a indiqué que les humoristes de France Inter disposent d’une « liberté d’expression totale, dans la limite du respect du droit ». Elle a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une carte blanche accordée spécifiquement à Mme Vanhoenacker, mais d’une liberté reconnue à l’ensemble des humoristes de la station. En revanche, elle n’a pas
(1) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2024/07/12/charline-vanhoenacker-en-a-peine-dix-ans-
on-est-passe-de-je-suis-charlie-a-la-police-judiciaire_6248893_3236.html (2) www.lesoir.be/596986/article/2024-06-24/fin-de-partie-pour-le-grand-dimanche-soir-charline-
vanhoenacker-sort-par-le-haut (3) www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/les-pieds-sur-terre-emission-du-jeudi-08-
janvier-2026-9154130
| tombée de ma chaise. Je leur ai dit que j'étais vraiment choquée qu'en plus de | |
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| Marine Le Pen, ils invitent un révisionniste comme Patrick Buisson. » |
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répondu à la question portant sur les déclarations faites dans l’interview accordée au Monde.
Le cas de Mme Mahaut Drama, chroniqueuse sur France Inter, illustre les mêmes interrogations. Le 28 mars 2024, elle a participé à un débat organisé par Mediapart intitulé « Comment lutter contre l'extrême droite ? », au cours duquel elle a incité des activistes d'ultragauche à prendre les armes et à mener une « révolution » en cas de victoire de Mme Marine Le Pen. Interrogée sur cet épisode lors de son audition, Mme Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, a répondu : « Quant aux propos de Mahaut Drama que vous mentionnez, ils n'ont pas été tenus à l'antenne. Or je ne suis pas garante des propos que tiennent les chroniqueurs en dehors des quelques minutes de temps d'antenne qui leur sont dévolus. » (1)
Cette réponse soulève une question de principe : une chroniqueuse régulière d'une antenne du service public, identifiée comme telle par le public, peut-elle appeler publiquement à la révolution armée en cas de victoire d'une candidate à l'élection présidentielle sans que cela n'engage la responsabilité de l'antenne qui lui accorde un temps de parole régulier ? Cette lecture restrictive du périmètre de responsabilité des directions de l'audiovisuel public contribue à entretenir une zone grise préjudiciable à l'apparence d'impartialité du service public.
Le 15 octobre 2021, M. Aymeric Lompret lançait sur France Inter : « Merci les gens d’extrême droite d’avoir payé pour qu’on dise que vous êtes des gros cons ! » Le 30 janvier 2026, Mme Camille Lorente évoquait à l’antenne des « poux pleins de typhus » au siège du RN, puis une « variole mortelle » qui tuerait Jordan Bardella « en trois jours », avant d’ajouter : « Si tu veux on l’achève. » Le 23 juin 2024, à cinq jours du premier tour des élections législatives, France Inter a diffusé « La chanson des gauchos ». Dix chroniqueurs y appelaient explicitement à voter contre le RN, évoquant « la vague brune » et « la France de Pétain ».
(1) Compte rendu n° 19, jeudi 22 janvier 2026, p. 23.
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Les paroles de « La chanson des gauchos »
« Aujourd’hui, on a encore des droits
« Pour combien de temps, on sait pas
« Car demain, si c’est Bardella
« C’est fini pour moi, fini pour toi
« Il y a encore un peu d’espoir
« Si on se rend à l’isoloir
« Pour glisser un bulletin dans l’urne
« Contre la vague, la vague brune. […]
« Moi je file un rancard à tous ceux qui demain
« Pourraient voter RN et son gros baratin
« Ils osent nous annoncer que la France revient
« En se gardant de dire qu’c’est la France de Pétain. »
Source : youtube.com, chaîne « France Inter », vidéo « La chanson des gauchos - Frédéric Fromet et toute la bande », 23 juin 2024.
Mme Sibyle Veil a ainsi rappelé lors de son audition le « droit à l’excès » reconnu à la satire : « L’humour, la satire politique ne sont pas quelque chose de nouveau, c’est une tradition ancienne dans notre pays – on peut penser aussi à Desproges. Elle demeure très vivace dans l’ensemble du paysage radiophonique. La jurisprudence donne à cet humour une liberté très large, puisqu’elle en fait l’un des éléments de la liberté d’expression. Elle reconnaît d’ailleurs un droit à l’excès, à l’outrance, y compris s’agissant de l’humour politique, tant que deux conditions sont réunies. (…) Quand Charline Vanhoenacker dit que l’émission est anti-extrême droite, c’est une émission d’humour, donc ça veut dire que cette expression ellemême est du second degré. ».
Mme Adèle Van Reeth a invoqué à son tour, la « tradition des chansonniers » ; la médiatrice de Radio France quant à elle, a reconnu l’absence de doctrine écrite, les situations étant traitées « au cas par cas » selon le « contexte », « l’intention humoristique » et la « réception par le public ».
Les arguments de Mmes Sibyle Veil et Adèle Van Reeth touchent à une réalité, qui est l’ancienne et vénérable tradition d’irrévérence des comiques français envers les politiques et plus généralement, les figures d’autorité, qu’il faut à l’évidence préserver. Pierre Desproges, que citait Mme Veil, se moquait de tous et de toutes, de façon indiscriminée, et en premier lieu, de lui-même. Or, et dans le prolongement des développements précédents, c’est dans une proportion écrasante, pour ne pas dire toujours, les mêmes formations politiques qui essuient ces plaisanteries. La récurrence de ces attaques ciblées amène à la conclusion que, dans
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les faits, l’humour semble aujourd’hui moins un divertissement, qu’un régime juridique officieux d’irresponsabilité, une zone d’exception aux principes d’impartialité et de neutralité. Il en découle un second constat : la mobilisation de ce registre à des fins politiques marque, de fait, une rupture avec la tradition humoristique française. Là où l’humour, par sa dérision universelle, peut rassembler, un humour militant laisse trop souvent le dogme l’emporter sur le rire ; il relègue, suscite la défiance, exclut parfois et finit par faire peser une suspicion légitime sur l’impartialité de l’audiovisuel public.
Charles Alloncle : « Le 21 mars 2025, le collectif Planète Boum Boum est intervenu à l'antenne de France Inter.
« France Inter a même filmé la mise en scène de ce collectif militant et l'a diffusée en partenariat avec lui sur les réseaux sociaux. On voit ses membres entrer dans le studio en effectuant quelques pas de danse, un porte-voix à la main, aux cris de « taxez les riches ! » ou « tu remballes ton autoroute ! ». À la tête de ce collectif, on trouve Mathilde Caillard, une activiste mise à l'honneur par France Inter, à la pointe des mouvements de désobéissance civile, qui était encore il y a peu collaboratrice de la députée de La France insoumise Alma Dufour ».
Mme Emmanuelle Daviet : « Je pense que si cette séquence est rattachée à l’émission « Zoom zoom zen », elle relève davantage d’une forme d’humour décalé, voire de l’exagération et de la provocation, ce que cette émission aime proposer à son public. »
Source : audition de Mme Françoise Benhamou, présidente du comité d’éthique de Radio France, et de Mme Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes de Radio France (compte rendu n° 15, mardi 20 janvier 2026)
iii. Le choix de Nora Hamadi pour la revue de presse
La revue de presse est, par nature, un exercice particulièrement sensible : elle ne se borne pas à rapporter des faits, elle sélectionne, hiérarchise et met en perspective ce que d’autres ont écrit ou dit. Elle appelle donc, plus encore que d’autres formats, à des garanties rigoureuses de neutralité, de retenue et de distance personnelle, faute de quoi elle risque de devenir un instrument de tri idéologique.
M. Corbé a choisi Mme Nora Hamadi pour réaliser la revue de presse sur France Inter, ce dont s’est étonnée Mme Caroline Yadan, membre de notre commission d’enquête, appartenant au groupe EPR.
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Mme Caroline Yadan (EPR) : « Vous l’avez rappelé : une chaîne de radio publique telle que France Inter se doit de faire montre d’objectivité dans le traitement de l’information et dans l’exercice de la liberté d’expression, tout en respectant la diversité. Mme Nora Hamadi est actuellement chargée de la revue de presse sur votre antenne. Or cette journaliste a, deux semaines seulement après le pogrom du 7 octobre 2023, publié un tweet directement lié à France Inter, élogieux et militant en soutien à Rima Hassan, accompagné d’un poing levé. Ce soutien a été réitéré à de nombreuses reprises sur les réseaux sociaux lors de plusieurs événements publics au cours desquels elle a offert une visibilité médiatique à celle qui est devenue la porte-parole du Hamas au Parlement européen. Ces faits posent une question simple : comment garantir l’équilibre et l’impartialité d’une revue de presse quotidienne quand celle qui l’assure revendique vouloir mener une guerre culturelle, assume des positions aussi radicales, et affiche un soutien aussi affirmé à une personnalité qui fait l’objet de multiples poursuites pour apologie du terrorisme, incitation à la haine et antisémitisme ? Son rôle de responsable de la revue de presse sur France Inter est-il compatible avec l’exigence de neutralité du service public ? »
Source : compte rendu n° 11, jeudi 18 décembre 2025, p. 28.
iv. France Médias Monde et la diffusion de discours hostiles à la France
Les faits relevés par votre rapporteur au sujet de France Médias Monde soulèvent une difficulté particulière, en ce qu’ils ne concernent plus seulement l’équilibre du débat politique intérieur, mais la manière dont l’audiovisuel public extérieur peut, dans certains contextes, relayer des récits directement hostiles aux intérêts de la France.
L’alerte a d’abord été lancée par une autorité diplomatique française. Entendue au Sénat le 30 avril 2024, Mme Anne-Sophie Avé, ambassadrice de France en Afrique, a déclaré : « Sur France Médias Monde, il y a des journalistes, notamment des éditorialistes, dont le discours est totalement dans la ligne de la propagande antifrançaise ». Elle a ajouté que cette situation était « très mal comprise par certains de nos partenaires, certains chefs d’État d’Afrique », lesquels s’interrogeaient en ces termes : « comment voulez-vous que nous luttions contre les discours antifrançais quand vos propres chaînes les diffusent ? » Elle a même cité, à titre d’exemple, MM. Alain Foka et Claudy Siar, en estimant que certains de leurs propos n’étaient « pas tout à fait acceptables non plus ».
Interrogée sur ces déclarations, Mme Marie-Christine Saragosse, présidente-directrice générale de France Médias Monde, les a contestées, en faisant valoir que France Médias Monde n’avait pas vocation à être le relais de la parole diplomatique française. Ce désaccord n’épuise toutefois pas la difficulté soulevée.
« alias Benito »
« l'évidence qu'un programme discriminatoire puisse séduire des électeurs et candidats racistes »
« L'une des émissions dont j'ai parlé, J'ai assisté aux discussions, portait sur Jordan Bardella. L'enquête sur Jordan Bardella, le rédacteur en chef a dit devant moi et je m'en suis entretenu avec la direction « celle-là, je n'ai pas le droit de la rater ». Sous-entendu on peut faire des enquêtes sur certains hommes politiques et puis, sur d'autres, il ne faut pas la rater »
« une enquête sur Jean-Luc Mélenchon me paraissait, en 2018, absolument impérative lorsqu'on a un candidat à la présidence de la République qui dit : "La République, c'est moi !", qui est de cette violence-là et qui manifeste cette violence devant les gens. Dans le même temps, alors que cette émission consacre des dizaines d'émissions à Nicolas Sarkozy, à toutes les personnalités de la droite, à quelques personnes du parti socialiste, et qu'il n'y a personne pour enquêter sur La France insoumise, je considère que c'est mon rôle de poser cette question-là. Il y avait à « Complément d'enquête » une règle que je n'ai pas créée, mais qui était celle de Benoît Duquesne, le créateur de l'émission, qui a disparu : le lundi, il y avait une réunion et une conférence de rédaction et, à travers cette conférence de rédaction, tout le monde s'exprimait. Et si, d'une certaine façon, la majorité ne l'emportait pas, l'émission ne se faisait pas. On a évoqué cette question-là à plusieurs reprises et ce qui m'a choqué, c'est d'entendre de la part d'une journaliste qu'il n'en était pas question parce que La France insoumise faisait partie de ceux qui donnaient des dossiers à l'émission et qu'on n'allait pas aller à l'encontre de nos intérêts »
« France Inter, parce qu'elle est la première radio de France, est aujourd'hui un lieu de pouvoir. J'ai décidé de résister de l'intérieur. Au moment où l'Assemblée nationale compte plus de 140 députés RN, j'ai d'autant plus envie de prendre le micro. La direction m'a donné carte blanche. »
« Certains pensent que l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir ne changera rien. Et c'est vrai, j'ai tendance à dramatiser. Si vous n'êtes pas homosexuel, pas féministe, pas noir, pas musulman, pas pauvre, pas trans, pas écolo, pas juif, pas fonctionnaire, pas humoriste, pas famille monoparentale, pas syndicaliste, pas chômeur, alors effectivement, ça ne devrait rien changer. (…) Dès le 7 juillet, vous risquez de vous retrouver à devoir faire ce choix : rester ou claquer la porte. Résister de l'intérieur ou résister à l'extérieur. Et là, chacun fera comme il peut. »
« Je suis tombée de ma chaise. Je leur ai dit que j'étais vraiment choquée qu'en plus de Marine Le Pen, ils invitent un révisionniste comme Patrick Buisson. »
« Quant aux propos de Mahaut Drama que vous mentionnez, ils n'ont pas été tenus à l'antenne. Or je ne suis pas garante des propos que tiennent les chroniqueurs en dehors des quelques minutes de temps d'antenne qui leur sont dévolus. »
« Merci les gens d'extrême droite d'avoir payé pour qu'on dise que vous êtes des gros cons ! »
« variole mortelle »
« Si tu veux on l'achève. »
« Aujourd'hui, on a encore des droits / Pour combien de temps, on sait pas / Car demain, si c'est Bardella / C'est fini pour moi, fini pour toi / Il y a encore un peu d'espoir / Si on se rend à l'isoloir / Pour glisser un bulletin dans l'urne / Contre la vague, la vague brune. […] / Moi je file un rancard à tous ceux qui demain / Pourraient voter RN et son gros baratin / Ils osent nous annoncer que la France revient / En se gardant de dire qu'c'est la France de Pétain. »
« L'humour, la satire politique ne sont pas quelque chose de nouveau, c'est une tradition ancienne dans notre pays – on peut penser aussi à Desproges. Elle demeure très vivace dans l'ensemble du paysage radiophonique. La jurisprudence donne à cet humour une liberté très large, puisqu'elle en fait l'un des éléments de la liberté d'expression. Elle reconnaît d'ailleurs un droit à l'excès, à l'outrance, y compris s'agissant de l'humour politique, tant que deux conditions sont réunies. (…) Quand Charline Vanhoenacker dit que l'émission est anti-extrême droite, c'est une émission d'humour, donc ça veut dire que cette expression elle-même est du second degré. »
Constats
- Lors de la soirée électorale du premier tour des élections municipales de 2026, Mme Nathalie Saint-Cricq a commenté l'annonce de l'intervention d'Éric Ciotti par les mots « alias Benito », assimilant un élu de la République à Benito Mussolini. Elle a présenté ses excuses et a été suspendue une semaine par la direction de France Télévisions. (p. 121(PDF))
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Les exemples relevés par votre rapporteur, notamment au sujet de la situation au Niger sont, à cet égard, particulièrement significatifs. En juillet 2023, une junte militaire a renversé le pouvoir en place, dans un contexte de très forte poussée du sentiment antifrançais. Le 3 août 2023, les nouvelles autorités nigériennes ont suspendu la diffusion de France 24 et de RFI sur leur territoire.
Malgré cette rupture ouverte avec les autorités françaises et avec France Médias Monde elle-même, certaines séquences ont continué de reprendre très directement la rhétorique de la rue pro-junte. Le 21 août 2023, France 24 interviewait ainsi l’organisateur d’une manifestation à Niamey en lui demandant : « Votre principale demande, c’est le départ des troupes françaises, pourquoi ? » Le 4 septembre 2023, une autre manifestation était couverte sous l’intitulé : « Niger : nouvelles manifestations pour réclamer le départ des soldats français », avec à l’antenne cette déclaration d’une manifestante : « Le pays c’est pour nous, on n’a pas besoin des Français. » Cette séquence du 4 septembre a bien été diffusée par France 24.
Votre rapporteur n’entend pas soutenir qu’un média ne devrait pas montrer l’hostilité dont la France peut faire l’objet à l’étranger. Encore faut-il que cette hostilité soit traitée avec la distance, la contextualisation et la mise en perspective qu’exige la neutralité du service public. Or, en l’espèce, la répétition de couvertures donnant à entendre, presque à l’état brut, les revendications de manifestants projunte ou les mots d’ordre exigeant le départ des soldats français nourrit un doute sérieux sur la manière dont ces événements ont été éditorialement cadrés. Cette interrogation est d’autant plus forte que, depuis le 3 août 2023, France 24 était déjà interdite de diffusion au Niger : il ne pouvait donc être sérieusement soutenu qu’une telle retenue éditoriale aurait été dictée par la nécessité de préserver l’accès au territoire ou de ménager les autorités de fait.
Les déclarations de M. Claudy Siar, relevé par l’ambassadrice Avé, ont également été citées au cours des auditions. Journaliste et animateur-producteur de l’émission « Couleurs tropicales » sur RFI, il a multiplié les prises de position publiques en faveur de l’extrême gauche, allant jusqu’à comparer Mme Rima Hassan à Nelson Mandela et à accuser « la classe journalistique française » de « collaboration » avec ce qu’il qualifiait de « fascisme du XXIᵉ siècle ».
Plus grave encore, quelques semaines après la répression sanglante menée par le régime des mollahs et que l’Iran a directement attaqué des bases françaises au Moyen Orient, il déclarait : « L’Iran a le droit et le devoir de se défendre », tout en regrettant que le point de vue iranien ne soit pas davantage relayé à la télévision et en saluant, sur ce point, le traitement de la chaîne qatarie Al Jazeera.
Interrogée sur ce cas, Mme Saragosse a mis en avant les trente années de carrière de M. Claudy Siar à RFI, l’a remercié pour son travail et a invoqué le pluralisme, sans jamais condamner explicitement ses déclarations. Elle a en revanche annoncé devant votre commission d’enquête le non-renouvellement de
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son contrat. Votre rapporteur relève que cette décision n’aurait été communiquée en interne qu’après son audition, le soir même.
v. France TV Slash : « non plus représenter la France telle qu’elle est, mais
telle qu’on voudrait qu’elle soit »
France TV Slash, plateforme de France Télévisions destinée aux 15-35 ans, pour partie donc un public mineur, a donné à voir une ligne éditoriale fortement orientée. Comme l’a rappelé votre rapporteur lors de l’audition du 12 février 2026, l’analyse du collectif « Touche pas à ma redevance » faisait état d’une centaine de publications problématiques. En voici quelques-uns :
– Relai d’une cagnotte de soutien au comité « La vérité pour Adama Traoré » et au mouvement Black Lives Matter : le 2 juin 2020, un post intitulé « #BlackLivesMatter : comment te mobiliser ? » invitait à signer des pétitions, faire des dons, afficher son soutien, manifester et soutenir le comité « Vérité pour Adama » ; dans la même semaine, d’autres publications relayaient des contenus sur les « artistes qui se mobilisent », affirmaient que les hommes noirs avaient « 2,5 » fois plus de chances d’être tués par la police aux États-Unis, promouvaient une cagnotte au profit de la famille Traoré ou expliquaient « comment être un allié.e pour Black Lives Matter ? », en appelant notamment à reconnaître son « statut de privilégié » lorsqu’on est blanc, à embaucher des personnes noires, à contribuer à des cagnottes et à proposer « d’autres idées » ; le 9 juin 2020, Slash relayait encore une vente de photos au profit du comité « La vérité pour Adama Traoré » ;
– Diffusion d’une grille de lecture racialiste : le 19 décembre 2019, Slash publiait cette formule : « Quand tu es un homme blanc, tu es très privilégié », en relayant les propos de Matthieu Longatte sur la nécessité, pour les personnes blanches, de reconnaître leur privilège ; le même jour, une interview de ce comédien, engagé à la gauche radicale, dénonçait le « privilège blanc » et le « degré énorme d’islamophobie en France », légendée de manière approbatrice ; le 8 février 2020, un autre post intitulé « Tu t’appelles Farida ou Abdel, bonne chance pour trouver un boulot » relayait une étude contestée, dont les auteurs eux-mêmes reconnaissaient les limites méthodologiques ;
– Promotion d’un militantisme écologique et de la désobéissance civile : le 27 mai 2019, Slash publiait une vidéo intitulée « Ça me révolte », appelant à signer une pétition dans le cadre de « l’Affaire du siècle », présentée comme liée à des « décisions controversées » entraînant « un grave risque d’effondrement de l’humanité » ; le 25 septembre 2019, la plateforme suivait le procès de militants écologistes poursuivis pour avoir décroché des portraits du Président de la République dans des mairies, en donnant la parole à quatre prévenus sans contradiction, l’un d’eux affirmant que « la désobéissance civile permet d’aller décrocher des victoires concrètes », la vidéo se concluant par la question : « et toi, tu fais quoi pour le climat ? » ; le 14 mai 2020, un autre post invitait à « télémanifester » dans le sillage de Greta Thunberg ;
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– Validation de formes d’action violentes ou illégales : le 16 juin 2020, dans la continuité des nombreux contenus de soutien au comité « La vérité pour Adama Traoré » et à Black Lives Matter, Slash publiait une vidéo saluant les déboulonnages violents de statues comme des « images fortes et nécessaires pour obtenir une réparation symbolique » ;
– Promotion de la pornographie transexuelle : en juillet 2021, l’animatrice Diane Saint-Réquier, animatrice de l’émission « Sexy Soucis », y faisait la promotion explicite de contenus pornographiques transsexuels, allant jusqu’à inciter à s’abonner à des plateformes payantes considérées comme « plus éthiques » ;
– Contenus orientés sur les questions religieuses, de genre : le 2 novembre 2019, Slash faisait la promotion du compte « Paye ton hijab » ; en juillet 2019, la plateforme diffusait un bandeau invitant à ne plus dire « bonjour madame » afin d’éviter de « mégenrer » les personnes, choix qu’Alexandre Dureux a ensuite justifié au nom de la loi de 2008 ; s’y ajoutaient des séries consacrées à la transition de genre, traitées sous un angle univoque.
Interrogée au sujet de ces publications, Mme Delphine Ernotte Cunci a déclaré lors de son audition : « Il est impossible, avec une offre aussi large, variée et diverse que la nôtre, celle de Slash en particulier, de traiter cette question par le prisme de l’anecdote. Vous trouverez peut-être des contenus qui ne vous conviennent pas et je le comprends, mais nos propositions sur la plateforme Slash – qui ne sont pas modérées mais choisies par nos équipes, si bien que nous assumons tout ce que nous diffusons sur nos antennes –, cherchent à correspondre aux questions qui agitent adolescents et jeunes adultes. Or, ils se posent des questions sur la sexualité, on ne peut le nier. »
La réaction du comité d’éthique et du médiateur face aux contenus de Slash
Mme Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions : « Sur FranceTv Slash, la réponse est simple : nous n’avons jamais reçu la moindre question sur aucun contenu diffusé par cette plateforme. »
M. Jérôme Cathala, médiateur de France Télévisions : « Je n’ai jamais suivi ni regardé FranceTv Slash. »
Source : Mme Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions, Compte rendu n° 3, jeudi 4 décembre 2025.
De tels contenus sont inadmissibles sur une plateforme du service public destinée aux 15-35 ans, en partie à des mineurs. La promotion, par Diane SaintRéquier, de contenus pornographiques transsexuels payants est même interdit par l’article 227-24 du code pénal, qui réprime la diffusion de messages pornographiques susceptibles d’être vus ou perçus par un mineur. Sans préjuger
| La réaction du comité d’éthique et du médiateur face aux contenus de Slash | ||
| Mme Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions : « Sur | ||
| FranceTv Slash, la réponse est simple : nous n’avons jamais reçu la moindre question sur | ||
| aucun contenu diffusé par cette plateforme. » | ||
| M. Jérôme Cathala, médiateur de France Télévisions : « Je n’ai jamais suivi ni regardé | ||
| FranceTv Slash. » | ||
| Source : Mme Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions, Compte rendu | ||
| n° 3, jeudi 4 décembre 2025. | ||
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d’une qualification pénale, votre rapporteur considère qu’un service public n’a pas à s’exposer à un tel risque. Quand une plateforme publique accumule les contenus militants, relaie des cagnottes partisanes, légitime des actions illégales et diffuse à un jeune public des messages pouvant relever d’une interdiction pénale, sa suppression s’impose.
Recommandation n° 2 (France Télévisions) : Supprimer Slash (anciennement « France TV Slash ») dont les contenus militants sont incompatibles avec les missions du service public audiovisuel. Toute offre numérique à destination des jeunes adultes devra être réintégrée dans le périmètre éditorial des antennes existantes, sous le contrôle effectif de l'Arcom.
vi. Les réseaux sociaux de l’Institut national de l’audiovisuel
L'Institut national de l'audiovisuel occupe une place particulière dans le paysage audiovisuel public : il ne dispose ni d'une chaîne télévisée ni d'une radio, et les réseaux sociaux constituent, selon les termes employés par son représentant lors de l'audition du 19 février 2026, « sa première vitrine ». C'est précisément sur ces réseaux que la commission a relevé des contenus révélant un traitement de l'actualité orienté, d'autant plus préoccupant que l'INA bénéficie d'une autorité institutionnelle liée à sa mission d'archiviste de la mémoire audiovisuelle française, et que ses publications sont perçues par le public comme des références objectives.
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L’Institut national de l’audiovisuel sur les réseaux sociaux : un traitement
différencié du rapport à la politique de personnalités de la société civile
« M. Charles Alloncle, rapporteur. Je me suis intéressé à la ligne éditoriale de vos contenus publiés sur les réseaux sociaux, qui m’a vraiment frappé.
« Le 28 décembre dernier, à 10 h 45, le monde entier apprenait la mort de Brigitte Bardot. Quelques heures à peine après sa disparition, l’INA a fait le choix, dans une première vidéo, d’insister sur ses positions politiques controversées plutôt que sur sa carrière artistique ou son éminente influence culturelle. À 15 heures précises – soit à peine plus de quatre heures après l’annonce de son décès –, les comptes X, Instagram, Facebook et TikTok de l’INA publiaient une vidéo intitulée Brigitte Bardot et la politique. Vous auriez pu citer la phrase du général de Gaulle, passée à la postérité : « la France, c’est moi et Brigitte Bardot ». Mais non ; la vidéo souligne uniquement que l’actrice a « flirté avec l’extrême droite » et rappelle, dès la sixième seconde, ses déclarations relatives à l’islam et à l’immigration, en la présentant ainsi : « icône du cinéma français, Brigitte Bardot était aussi célèbre pour ses déclarations jugées xénophobes ».
« Cette approche conduit à s’interroger, d’autant plus si on la compare à l’hommage que l’INA a rendu à un grand humoriste, Guy Bedos. Juste après sa mort, le 28 mai 2020, vous avez publié le tweet suivant : « L’humoriste et comédien Guy Bedos est mort ce jeudi à l’âge de 85 ans, laissant derrière lui une carrière de six décennies. On le retrouve aux côtés de Sophie Daumier dans ce sketch de 1975, “Ce n’est qu’un au revoir” ». Guy Bedos était un militant de gauche ; il ne s’en est jamais caché. Il était également un soutien affirmé de Jean-Luc Mélenchon et s’était rendu, en 2017, à une marche pour la VIème République. Son engagement était non seulement connu de tous mais aussi public. Pourtant, dans cette vidéo, vous ne l’avez nullement mentionné.
« Pourquoi avez-vous choisi d’évoquer, quatre heures à peine après l’annonce de sa mort, les liens avec l’extrême droite et les positions jugées polémiques d’une icône internationale comme Brigitte Bardot ? Pourquoi, à l’inverse, avez-vous décidé de lisser l’image d’un humoriste aussi éminent que Guy Bedos, en ne le présentant qu’à travers sa carrière et en éludant ses engagements politiques ? Ce deux poids, deux mesures dans la ligne éditoriale de l’INA soulève de grandes questions.. […]
« Mme Agnès Chauveau, directrice générale déléguée et présidente par intérim de l’INA. Je reviens sur le traitement du décès de Brigitte Bardot. […] Le dimanche 28 décembre, nous avons [diffusé] huit vidéos différentes. La première évoquait son rapport à la mort. Ensuite, nous avons abordé de multiples aspects : son rapport à la politique ; sa réponse émouvante au questionnaire de Proust posé par Bernard Pivot dans Bouillon de culture ; une vidéo plus inédite intitulée Saviez-vous que c’est à Brigitte Bardot que l’on doit le nom « tarte tropézienne » ? Retour sur l’histoire de cette pâtisserie, intimement liée à BB et à Saint-Tropez ; et enfin, sa carrière […].
« Nous revendiquons ce traitement diversifié, qui rend compte de la vie de Brigitte Bardot dans toutes ces composantes. L’angle du rapport à la politique était un aspect parmi d’autres. Comment le justifions-nous ? Vous le savez, cette question faisait l’objet d’un débat entre les partis politiques. Il appartenait alors à l’INA d’apporter des éléments de contexte supplémentaires et des faits précis sur ce point. »
Source : compte rendu n° 40, jeudi 19 février 2026, pp. 9-10.
« Le 21 mars 2025, le collectif Planète Boum Boum est intervenu à l'antenne de France Inter. France Inter a même filmé la mise en scène de ce collectif militant et l'a diffusée en partenariat avec lui sur les réseaux sociaux. On voit ses membres entrer dans le studio en effectuant quelques pas de danse, un porte-voix à la main, aux cris de « taxez les riches ! » ou « tu remballes ton autoroute ! ». À la tête de ce collectif, on trouve Mathilde Caillard, une activiste mise à l'honneur par France Inter, à la pointe des mouvements de désobéissance civile, qui était encore il y a peu collaboratrice de la députée de La France insoumise Alma Dufour »
« Vous l'avez rappelé : une chaîne de radio publique telle que France Inter se doit de faire montre d'objectivité dans le traitement de l'information et dans l'exercice de la liberté d'expression, tout en respectant la diversité. Mme Nora Hamadi est actuellement chargée de la revue de presse sur votre antenne. Or cette journaliste a, deux semaines seulement après le pogrom du 7 octobre 2023, publié un tweet directement lié à France Inter, élogieux et militant en soutien à Rima Hassan, accompagné d'un poing levé. Ce soutien a été réitéré à de nombreuses reprises sur les réseaux sociaux lors de plusieurs événements publics au cours desquels elle a offert une visibilité médiatique à celle qui est devenue la porte-parole du Hamas au Parlement européen. Ces faits posent une question simple : comment garantir l'équilibre et l'impartialité d'une revue de presse quotidienne quand celle qui l'assure revendique vouloir mener une guerre culturelle, assume des positions aussi radicales, et affiche un soutien aussi affirmé à une personnalité qui fait l'objet de multiples poursuites pour apologie du terrorisme, incitation à la haine et antisémitisme ? Son rôle de responsable de la revue de presse sur France Inter est-il compatible avec l'exigence de neutralité du service public ? »
« Sur France Médias Monde, il y a des journalistes, notamment des éditorialistes, dont le discours est totalement dans la ligne de la propagande antifrançaise »
« L'Iran a le droit et le devoir de se défendre »
« Il est impossible, avec une offre aussi large, variée et diverse que la nôtre, celle de Slash en particulier, de traiter cette question par le prisme de l'anecdote. Vous trouverez peut-être des contenus qui ne vous conviennent pas et je le comprends, mais nos propositions sur la plateforme Slash – qui ne sont pas modérées mais choisies par nos équipes, si bien que nous assumons tout ce que nous diffusons sur nos antennes –, cherchent à correspondre aux questions qui agitent adolescents et jeunes adultes. Or, ils se posent des questions sur la sexualité, on ne peut le nier. »
« Sur FranceTv Slash, la réponse est simple : nous n'avons jamais reçu la moindre question sur aucun contenu diffusé par cette plateforme. »
« Je n'ai jamais suivi ni regardé FranceTv Slash. »
Constats
- M. Claudy Siar, journaliste et animateur-producteur de « Couleurs tropicales » sur RFI, a comparé Mme Rima Hassan à Nelson Mandela et accusé « la classe journalistique française » de « collaboration » avec un « fascisme du XXIᵉ siècle » ; il a déclaré que l'Iran avait « le droit et le devoir de se défendre » après des attaques iraniennes contre des bases françaises au Moyen-Orient. (p. 128(PDF))